RÉPONSE ET MISE EN ŒUVRE DES SUBVENTIONS MULTINATIONALES DES PAYS DU MENA

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Les pays du MENA sont classés en tant que région à faible charge, représentant une diversité d’économies tournant autour du revenu moyen. PEPFAR n’a jamais été présent dans la région, et beaucoup d’autres donateurs montrent des signes de départ, dont le Fonds mondial, qui prépare la transition dans plusieurs pays. Malgré la classification à faible charge, les cas de VIH augmentent à une vitesse alarmante et la prévalence connue du VIH augmente à mesure que s’améliore la sensibilisation au VIH et aux tests . C’est particulièrement vrai parmi les populations clés. Combiné à la corruption et au conservatisme, à la stigmatisation et à la discrimination endémiques, aux inégalités d’accès et aux mesures criminalisantes, le financement national n’est pas suffisant pour répondre à l’épidémiologie. De plus, les politiciens ne s’engagent pas à garantir que les subventions disponibles seront consacrées aux besoins des communautés, dont ceux liés aux droits de l’homme.

Dans ce contexte, le Fonds mondial a lancé un appel pour une subvention multinationale de trois ans de 7,5 millions de dollars en 2018, appelée la « dernière subvention destinée à la région des pays du MENA », selon Elie Ballan, chef du service santé, M-Coalition à la Fondation arabe pour les libertés et l’égalité MENA. Une mission de la subvention était de se concentrer sur les contrats sociaux et le financement local, menant à la pérennité, ce qui était seulement soutenu par le gouvernement marocain. Une autre stipulation était que seuls 10 % de la subvention pouvaient couvrir les dépenses générales, ce qui limitait l’engagement véritable des BST sur le terrain qui n’ont souvent accès qu’à un financement limité et non diversifié. Beaucoup ont exprimé ce qu’Elie ressentait : « ces conditions signifiaient que nous avions commencé la transition de la mauvaise manière. Les activités n’étaient pas durables ».

En mars 2018, les réseaux des populations clés ont établi au Caire, avec d’autres acteurs de la région travaillant dans le domaine du VIH, l’ordre de priorités des besoins des communautés régionales et ont commencé à organiser une série d’ateliers, de réunions et d’activités afin de répondre à la subvention. « Nous avons impliqué les acteurs nationaux ainsi que les organisations communautaires et nationales dans de nombreuses consultations et nous leur avons demandé quelles étaient leurs suggestions et leurs priorités pendant tout le processus ». Il y a eu deux consultations régionales à Beyrouth et à Amman, cinq consultations nationales et une consultation en ligne pour les réseaux régionaux. Tous les pays et les communautés n’avaient pas les mêmes priorités et il était compliqué pour les deux consultants engagés d’établir une proposition en les intégrant toutes dans une réponse régionale dans le cadre de la coalition Mena H (une coalition de réseaux de populations clés de la région des pays du MENA coordonnée par AFE MENA). Le Fonds mondial a fait l’éloge du processus de consultation et du fait d’avoir présenté les plans de programmes qui tenaient compte des communautés. La subvention octroyée couvrait cinq pays (Liban, Maroc, Tunisie, Égypte et Jordanie) et le financement a été réparti entre cinq BS nationaux, trois BS régionaux et 12 BST.

Malgré le résultat positif d’une subvention octroyée, qui est à présent à mi-chemin de sa mise en œuvre, Elie se demande dans quelle mesure le Fonds mondial s’attend à un résultat satisfaisant avec un budget aussi serré et des restrictions sur les rémunérations des consultants et du personnel. Pour les partenaires, cela a été particulièrement difficile. Cela leur a exigé de travailler moins qu’à temps partiel ou sur une base volontaire afin de mettre en pratique les activités financées ou d’avoir recours à des stagiaires et des consultants qui avaient moins d’expérience ou un niveau d’adhésion plus faible. Tous ces obstacles ont eu un impact sur la qualité des activités. « La pérennité signifie que nous devons financer les personnes, pas seulement les activités », déclare Elie. De plus, « Afin d’avoir un plan durable de services, ces derniers doivent d’abord être mis en place, mais nous n’étions pas autorisés à fournir des services dans le cadre de la subvention, seulement à mener des actions de défense de la prise de décisions politiques qui, avec un peu de chance, paieront “un jour” pour les services. Ce plan est trop ambitieux dans cette région et signifie que les fonds ne sont pas ciblés là où les besoins se trouvent, actuellement. Comme les tests de dépistage du VIH, les tests de charge virale, la réponse aux ruptures de stock, les infections sexuellement transmissibles, la disponibilité de préservatifs et de lubrifiant, l’offre de PrEP et d’autres éléments ».

Ce qu’il faut retenir, selon Elie et d’autres acteurs des populations clés, était de se pencher sur tous les aspects d’une situation avant de répondre à une demande de subvention. Si les besoins ressentis et prioritaires des communautés ne sont pas satisfaits par les conditions de la subvention, alors les communautés doivent parler d’une même voix pour négocier avec le donateur afin de revoir les objectifs de la subvention ou envisager de ne pas remettre d’offre. « Si cette subvention avait été moins importante, nous n’aurions peut-être pas remis d’offre ».

Pendant le développement de la note conceptuelle, M-Coalition a reconnu le fait que les pays étaient toujours trop dépendants du financement des donateurs et ne comprenaient pas vraiment ce que le PTC impliquait. Afin de répondre à cette inquiétude menaçante et d’utiliser des ressources limitées pour avoir un impact large et significatif, ils ont décidé de revoir leur guide existant sur l’Engagement des processus des populations clés et du Fonds mondial en ajoutant des unités sur le thème des PTC. Ce guide est en cours de finalisation. Il devrait être envoyé en format papier et également sous la forme d’une vidéo en ligne aux partenaires et aux listes de destinataires afin de servir lors de réunions et d’ateliers. Vu la diminution des budgets, il est de plus en plus important de faire remarquer que le fait de tirer profit, d’adopter ou de développer les ressources existantes apportera des gains de temps et d’argent.

Une dernière leçon était de faire preuve de prudence au moment de demander les suggestions et les idées des communautés de base lors du développement de la note conceptuelle. Même si aucune promesse ferme n’a été proposée, des hypothèses ont été émises. Étant donné le budget restreint de la subvention, de nombreuses communautés dont les suggestions étaient importantes pour obtenir le financement n’ont reçu que quelques milliers de dollars de la subvention, répartis sur trois ans. Il n’est pas surprenant de constater que cela a donné lieu à des tensions, une hostilité et des divisions au sein des communautés qui doivent s’unir – et non se séparer – et travailler en tant que front uni si la thématique du PTC doit finir par être mise en place. Comme Elie l’a réalisé durant le processus, « le Fonds mondial est un modèle d’entreprise, et non un donateur traditionnel. Il se concentre sur le respect des conditions et la mise en œuvre des objectifs, mais pas sur la manière dont les objectifs sont atteints » ou sur ce que la dynamique des communautés représente. « Nous devons comprendre comment travailler au sein de ce modèle d’entreprise afin de garantir que la voix de chacun sera entendue et que personne ne sera exclu ». La dure réalité est que parfois, les avantages du financement ne l’emportent pas sur l’impact négatif sur les communautés. L’intégration ne signifie pas seulement l’implication des partenaires travaillant dans le milieu du VIH, mais également de ceux travaillant dans les milieux de la malaria et de la tuberculose qui « continuent d’être cachés comme la poussière sous le tapis et mis sur de côté », déplore Elie.

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